Données régionales
Choix du site en Suisse : fiscalité, aménagement du territoire et marché du travail
Trois facteurs entrent en concurrence lors du choix d’un site d’implantation : la charge fiscale, la sécurité juridique en matière de planification et la disponibilité de la main-d’œuvre. Leurs effets se manifestent à des rythmes différents et leur degré d’influence varie. Se fier à un seul critère fausse l’analyse.
Trois facteurs, trois niveaux : pourquoi le choix du site en Suisse se décide au niveau cantonal
Lors du choix du site, trois grandeurs entrent en concurrence : la charge fiscale, la sécurité juridique en matière de planification et la disponibilité du personnel. Leurs effets se manifestent à des vitesses différentes et elles sont influençables à des degrés divers. Celui qui n’en examine qu’une seule évalue le site de manière biaisée.
En Suisse, la fiscalité n’est pas une grandeur nationale. Les impôts sur le bénéfice, sur le capital et sur le revenu sont fixés au niveau cantonal, souvent complétés par l’impôt communal. La comparaison doit donc se faire aux échelons cantonal et communal, et non au niveau fédéral.
La planification est également partagée : la Confédération édicte la législation-cadre, les cantons planifient via le plan directeur, et les communes via la planification d’affectation. La question de savoir si un terrain peut être construit relève ainsi d’une décision cantonale ou communale, et non d’une ordonnance fédérale.
Le marché du travail obéit à une autre logique : les règles sont nationales, mais les profils professionnels réellement disponibles ne le sont pas. Il n’existe donc pas une seule réponse suisse en matière de localisation, mais une réponse différente pour chaque combinaison de branche, de besoins en surface et de profil de personnel.
Pour l’évaluation, cela signifie : déterminer d’abord le canton et la commune, puis comparer les trois facteurs au même niveau géographique. Une comparaison entre un canton et une commune fausse l’image.
Impôts sur le bénéfice : un large éventail cantonal et la nouvelle dynamique suite à l’imposition minimale
Les taux moyens ordinaires de l’impôt sur le bénéfice des entreprises suisses ont baissé par rapport à l’année précédente, passant de 14,6 à 14,4 pour cent. C’est ce que montre le « Swiss Tax Report 2025 » de KPMG, qui compare les taux d’imposition de plus de 50 pays et des 26 cantons.
L’éventail cantonal reste important : le canton de Zoug offre les impôts sur le bénéfice les plus attractifs avec 11,85 pour cent, tandis que d’autres cantons affichent des taux nettement plus élevés. En bas du classement figurent Berne avec 20,54 pour cent, Zurich avec 19,61 pour cent et le Valais avec 17,12 pour cent.
En 2025, le Tessin a enregistré la baisse la plus forte avec 3,11 points de pourcentage, suivi par Bâle-Campagne qui a réduit son taux de 2,45 points de pourcentage. De tels mouvements modifient le classement en quelques années et relativisent les tableaux comparatifs plus anciens.
La cause de cette nouvelle dynamique est l’imposition minimale mondiale. Certains cantons à faible imposition ont rapproché leurs tarifs du taux minimal d’imposition de 15 pour cent afin de réduire l’impôt complémentaire attendu.
Genève a augmenté son taux de 14 à 14,7 pour cent, tout comme Vaud, qui est passé de 14 à 14,7 pour cent pour les bénéfices supérieurs à 10 millions de francs. Schaffhouse a introduit dès 2024 un tarif progressif avec une charge de 15 pour cent à partir d’un bénéfice de 15 millions de francs, et Bâle-Ville suivra dès 2026 avec une augmentation de 13,04 à 14,53 pour cent.
L’incitation est fiscale : les cantons conservent intégralement les recettes provenant de leur propre augmentation ; dans le cas de l’impôt complémentaire ordonné par la Confédération, un quart revient à cette dernière. Des projets de promotion des sites accompagnent ces ajustements.
Stefan Kuhn, responsable du département fiscalité et droit de KPMG Suisse, situe le contexte : « La tendance à la baisse des impôts due à la réforme RFFA est ainsi achevée. À l’avenir, on peut s’attendre plutôt à de légères augmentations du taux d’imposition dans le cadre de l’imposition minimale mondiale. »
Taux d’imposition sur le bénéfice des cantons suisses en comparaison (2025)
Cantons ayant enregistré la plus forte baisse de l’impôt sur le bénéfice (2025)
- Tessin3.11
- Bâle-Campagne2.45
Ce qui influence également le calcul fiscal : l’impôt sur le capital et la charge sur les salaires des cadres
Le seul taux d’impôt sur le bénéfice ne décrit pas entièrement la charge fiscale d’un site. L’impôt sur le capital est souvent sous-estimé lors du choix du site, bien qu’il grève les fonds propres et donc le bilan, touchant de manière disproportionnée les entreprises à forte intensité capitalistique.
Là aussi, les cantons diffèrent : Schwyz prélève l’impôt sur le capital le plus bas de tous les cantons, tandis que d’autres sont nettement plus élevés. Pour les entreprises disposant d’un immobilisations importantes ou de grands fonds propres, cette différence peut annuler l’avantage d’un taux d’impôt sur le bénéfice plus faible.
Du côté du personnel, la charge pesant sur les hauts revenus devient pertinente dès lors qu’il s’agit de recruter du personnel d’encadrement. Les taux d’imposition sur les hauts revenus des personnes physiques ont baissé par rapport à l’année précédente, passant de 32,7 à 32,5 pour cent.
Cette charge se concentre sur un petit nombre : seulement 10 pour cent de toutes les personnes assujetties contribuent à près de 80 pour cent de l’impôt fédéral direct ; environ 40 pour cent des recettes fiscales sont payées par 1 pour cent des meilleurs gagnants. Les négociations salariales avec le personnel d’encadrement sont donc aussi des négociations fiscales.
Pour la comparaison des sites, il est recommandé d’effectuer un calcul global incluant l’impôt sur le bénéfice, l’impôt sur le capital et la charge sur les classes de salaire pertinentes. Un impôt sur le bénéfice faible combiné à une imposition élevée du capital et des cadres constitue, pour certains profils d’entreprise, le moins bon choix.
Plan directeur, planification d’affectation, participation : comment la planification se déroule réellement sur place
La Loi fédérale sur l’aménagement du territoire fixe des objectifs et des principes que les autorités doivent prendre en compte, et régit essentiellement les instruments et procédures à mettre en œuvre aux niveaux fédéral, cantonal et communal. La planification territoriale proprement dite sur place relève des cantons et des communes.
Le principal instrument de planification des cantons est le plan directeur, tandis que celui des communes est la planification d’affectation. Pour un terrain concret, le règlement de zonage communal constitue le dossier documentaire décisif, alors que le plan directeur fixe le cadre cantonal.
L’aménagement du territoire en Suisse est fortement marqué par le fédéralisme et la démocratie directe ; la population dispose de multiples possibilités de participation. Cela représente une chance pour l’acceptation d’un projet, mais aussi un risque de retard, car les objections et les votations peuvent décaler le calendrier.
Les décisions de localisation se jouent de plus en plus dans des structures régionales. Dans ces organisations régionales flexibles, les autorités et les cantons jouent un rôle équivalent, et la Confédération travaille continuellement à une « Suisse des régions ». Ces espaces ne respectent pas les frontières politiques.
Concrètement, cela signifie : celui qui examine un site doit clarifier si la zone permet l’utilisation prévue, quelle procédure est nécessaire et quels organes régionaux ont leur mot à dire. Ces trois points déterminent la durée prévisible jusqu’à l’obtention du permis de construire.
Pénurie de spécialistes et chômage structurel coexistent
Le marché du travail suisse est ouvert et peu régulé ; le taux de chômage atteint un niveau record particulièrement bas de 2,5 pour cent. Les employeurs peuvent recruter les spécialistes manquants sur le marché mondial du travail et compenser ainsi la pénurie de compétences et le goulot d’étranglement démographique menaçant. Sans cette possibilité, certains employeurs ne pourraient plus croître.
Dans le même temps, des personnes bien formées et expérimentées restent sans emploi. La coexistence de la pénurie de spécialistes et du chômage structurel est un indicateur typique du changement structurel : dans un marché du travail libéral, les adaptations au sein des entreprises se déroulent en continu, ce qui rend les ruptures moins disruptives.
La cause réside dans les exigences. Les exigences techniques et professionnelles envers les spécialistes évoluent toujours plus rapidement, tandis que le secteur de la formation initiale et continue est trop statique face à cette vitesse de changement et ne répond pas aux besoins en matière de formation et de développement.
Pour le choix du site, il en découle que : le taux de chômage seul en dit peu sur la disponibilité d’un profil professionnel concret. Après la radiation des chômeurs, les personnes concernées disparaissent des statistiques, ce qui signifie que le taux sous-estime l’écart. Il convient de vérifier si les profils recherchés sont effectivement présents ou recrutables dans la région.
Du côté des coûts, les mesures d’accompagnement, qui protègent les travailleurs contre les pertes de salaire dans la concurrence mondiale, doivent être prises en compte dans le calcul du site comme facteur de coût et de risque, conjointement avec le niveau salarial régional.
Conclusion : intégrer les trois facteurs dans un seul calcul
La charge fiscale, la durée prévisible de la planification et les profils professionnels réellement disponibles doivent figurer dans la même évaluation. Considérés séparément, chacun des trois facteurs désigne un vainqueur différent ; la décision se prend alors sur la base d’un critère erroné.
Un site avec un taux d’imposition faible, mais dont le statut de zone n’est pas clarifié ou qui manque de spécialistes, peut s’avérer plus coûteux qu’un site à charge fiscale moyenne disposant du droit de bâtir et du personnel adéquat. L’avantage fiscal est annuel ; le retard a un coût unique, mais immédiat.
Il est donc judicieux d’adopter une démarche simple : pour chaque candidat, déterminer le canton et la commune, calculer la charge fiscale globale (impôt sur le bénéfice, sur le capital et sur les salaires pertinents), évaluer la situation en matière de planification sur la base de la zone et de la procédure, et vérifier la disponibilité des profils concrets.
Si l’un de ces points reste ouvert, il ne s’agit pas d’une note marginale, mais d’un facteur de coût. La décision de localisation ne se prend donc pas pour la Suisse, mais pour un canton, une commune et une parcelle concrète.
Démarche pour le choix du site en Suisse
- Déterminer le canton et la commune
- Calculer la charge fiscale globale (impôt sur le bénéfice, sur le capital, sur les salaires)
- Examiner la situation en matière de planification (zone, procédure, participation)
- Vérifier la disponibilité des profils professionnels concrets


